
Lorsque les technologies de l'information et de la communication sont utilisées intelligemment, elles facilitent et accélèrent la réalisation de certaines tâches dans des activités diverses. C’est du reste ce qui m’engage à dire qu’il est essentiel d’oeuvrer pour une réelle appropriation de ces objets techniques, une appropriation que je conçois comme un processus au bout duquel, chacun serait capable en dehors de tout a priori, d’identifier et de formaliser des usages à valeur ajoutée des objets techniques. L’intégration des technologies de l’information et de la communication dans l’éducation en Afrique sub saharienne et dans des contextes semblables, avec comme objectif de servir le développement, semble devoir se construire sur deux piliers : le milieu avec ses différents aspects géographique, psychologique, culturel et socio-économique et l’usager avec ses multiples besoins.
Si dans un passé récent on a pensé que l’importation d’une technologie suffirait à changer le milieu d’accueil, aujourd’hui à la lumière des faits, on s’aperçoit des limites d’une telle vision. En effet, il faudrait dans l’immédiat bien plus qu’un miracle pour qu’une personne, qui ne sait ni lire ni écrire et qui est dépourvue d’électricité, puisse parvenir à tirer pleinement profit des capacités d’un ordinateur. Cela veut dire que dans le contexte actuel des pays où la grande majorité de la population se trouve encore dans la situation décrite plus haut, il est important de partir du milieu qui doit prioritairement dicter le choix des objets techniques à intégrer. Concrètement, cela implique dans une démarche d’utilisation des TIC dans l’éducation, de commencer par celles qui sont déjà implantées dans le milieu et qui présentent un degré d’appropriation élevé. Dans le cas échéant, il faut agir pour réunir ces conditions avant d’envisager d’aller plus loin. Ceci semble un élément sine qua non surtout si on se refuse d’abandonner les TIC aux mains de quelques initiés, parce qu’on sait à juste titre que le développement nécessite pour sa réalisation au quotidien, une masse critique de personnes formées. En somme, je postule qu’un objet technique quel que soit son niveau de sophistication, tant qu’il n’a pas obtenu un ancrage dans l’organisation du milieu local, n’est pas apte à participer au changement social à grande échelle.
À côté du milieu, l’autre pilier de l’intégration technologique est l’usager, en l’occurrence ici, l’enseignant et l’apprenant. C’est eux en effet qui ont la lourde mission de rendre "éducatives" des technologies qui ne le sont pas du tout au départ. Il appartient en particulier aux enseignants d’inventer des usages raisonnés de ces outils, capables d’enrichir leurs rapports au savoir et à l’apprenant. Dans ce domaine et plus qu’ailleurs, la prescription descendante des usages ne paraît pas opérationnelle. En effet, si les enseignants ne se sentent pas concernés et s’ils ne perçoivent pas un intérêt à utiliser ces objets techniques, alors aucun dispositif fonctionnel qui y a recours, ne prendra place durablement dans les écoles. Il faut donc une implication forte des enseignants qui n’est pas évidente à obtenir dans un contexte où la satisfaction des besoins fondamentaux n’est pas réglée d’avance. On a souvent écarté un peu trop vite ce constat, en arguant que rien ne se ferait s’il fallait attendre de satisfaire préalablement tous les besoins fondamentaux. S’il est vrai qu’on peut et doit agir sans attendre que tous les signaux soient positifs, il n’en demeure pas moins que lorsqu’on œuvre pour la satisfaction des besoins fondamentaux supérieurs (réalisation de soi, évolution, épanouissement), alors que les besoins fondamentaux inférieurs (eau, nourriture, santé, sécurité) ne sont pas encore comblés, on se doit de reconnaître que l’échafaudage ainsi monté, est d’un équilibre précaire. C’est pourquoi, il est important, avec la participation des différents acteurs concernés, d’imaginer et de concevoir des mesures d’accompagnement, d’intéressement et d’incitation qui tiendraient compte de ces aspects particuliers.
Ainsi, c’est à partir des spécificités du milieu et de l’usager, qu’il me paraît possible et judicieux d’inventer des usages pertinents des TIC dans l’éducation en contexte défavorisé. En outre, une telle démarche pourra permettre d’identifier des pratiques de technologies insoupçonnées, totalement éclipsées par les orientations technologiques actuelles, ou incitera à utiliser des ressources locales pour créer des technologies de l’éducation, dès lors qu’on en comprendra le principe et les enjeux.
La technologie en soi n’a rien de magique, elle est capable d’apporter une aide appréciable que si elle est exploitée par des personnes qui savent ce qu’elles en attendent. Aussi, si l’on veut transformer des technologies en des outils utiles à l’éducation et au développement, il est impérieux de mener une réflexion globale, structurée et cohérente.
À côté de ce travail dense de conception et de construction, il semble important de continuer à avancer en restant lucide et en s’abstenant de demander à la technologie de faire de l’éducation à la place des humains. Aujourd’hui, en l’état actuel de la pénétration technologique notamment dans l'ouest africain, on pourrait vraisemblablement développer un usage administratif étendu des ordinateurs (gestion des carrières et parcours des enseignants et élèves, gestion comptable et matérielle, gestion des ressources documentaires, etc.), et un usage pédagogique étendu de la radio ou de la télévision dans l’éducation. En revanche, seul un usage pédagogique très limité des ordinateurs et Internet paraît pour le moment envisageable, du fait de contraintes encore trop importantes.
Pour s’engager dans cette direction, il est nécessaire notamment d’investir largement dans la formation initiale et continue des personnels (apprendre à utiliser l’outil et apprendre à concevoir des applications pédagogiques avec l’outil) et dans la production de contenus éducatifs. Tels sont, me semble-t-il, les efforts préalables pour passer de l’utopie au projet utile et viable.

Commentaires
Je comparerais l’intégration des technologies de l’information et de la communication dans l’éducation en Afrique sub saharienne à la mise en place d' un système de management de la qualité dans une entreprise.Tant que les principaux acteurs de ce dit processus ne sentiront pas la necessité de s y intérésser il ne sera cependant un travail fastidieux.j ai cité l'Etat, les enseignants et les apprenants.L'engagement et l'implication de ces différents acteurs sera le point de départ de ce processus.Cette intégratîon n'est rien d autre qu une amélioration du mode de fonctionnement du système éducatif si bien sur elle est utilisée à bon escient.
MiMerci de vous en préoccuper, c est une bonne initiative.On n a besoin de tout un chacun pour developper et reconstruire notre Afrique .