L’idée assez répandue présentant Internet comme une alternative royale pour les pays pauvres qui permettrait de réaliser le saut technologique et de combler leur retard en matière de développement, n’apparaît-elle pas à la lumière des faits critiquable ?

Cette idée semble se construire autour du mythe de la technologie toute-puissante, moteur du progrès, qui a inspiré pendant toute une période des experts en développement. Le transfert technologique qui découle de cette vision du rôle de la technologie dans le développement a été systématiquement expérimenté. Les résultats souvent décevants sont encore là pour rappeler qu’en matière de développement, la technologie ne décide pas de tout. Il existe certes des apports irréfutables liés à l’avancée technologique, mais le plus important semble être la manière dont chaque culture, chaque peuple, se réapproprie la technologie par rapport à son environnement social, mental et culturel.

Il est admis aujourd’hui que certains services Internet (messagerie électronique, contenus multimédias) intéressent une partie de la population urbaine des pays pauvres. Internet permet dans certains cas précis de participer aux débats d’actualité, de s’informer, de se former, de diffuser des informations, mais sans que cela ne puisse servir le changement global, tant il s’agit de faits marginaux ne concernant qu’une petite minorité. On peut néanmoins dire à la suite de Brunet[1], (2002, p. 136) "qu'Internet est une nécessité socio-économique que les pays africains n’ont pas les moyens ni de se payer ni de s’en passer". Toutefois, l’État doit faire des choix même s’il n’est pas toujours maître des enjeux. Il doit s’engager à agir localement et globalement pour une intégration réussie d’Internet. En écho à ce qui est défendu, Tudesq[2] écrit que : « l’évolution politique des États africains conditionnera les usages des techniques modernes, l’aggravation ou la réduction des inégalités ».

Il est important de faire d’Internet un outil au service de l’homme qui l’aidera à mieux communiquer avec autrui, qu’il soit géographiquement proche ou lointain, culturellement différent, riche ou pauvre, alphabète ou analphabète. Il y a de nombreux défis à relever et comme l’affirme Lebrun[3] (1999, p148) : « L’outil est là, rien que l’outil ; les autres promesses sont l’affaire des Hommes dans l’effort et le temps ».

Notes

[1] Brunet P., Tiemtoré O., et Vettraino-soulard M.C., Les enjeux éthiques d'Internet en Afrique de l'ouest, paris, L'Harmattan, 2002.

[2] Tudesq A-J., « Les technologies de l’information, facteur d’inégalité en Afrique sub-saharienne » in Revue Tiers Monde tome XXXV, n° 138, 1994, Paris, PUF

[3] Lebrun M., Des technologies pour enseigner et apprendre, 1999, Bruxelles, Ed. De Boeck Université