Les enjeux culturels liés à l’apparition et au développement d’Internet sont importants.
L’histoire révèle que les produits culturels de masse sont d’une impressionnante efficacité dans l’imposition de sa propre image et de ses repères psychosociologiques aux autres. Les Etats-Unis l’ont démontré par le biais entre autres du cinéma et des séries qui lui ont permis de gagner le subconscient du monde.
Les médias ont ainsi servi très souvent de supports de propagation de la culture dite dominante, ou tout au moins, de la culture du pays émetteur. Aujourd’hui encore, bon nombre de télévisions nationales de pays pauvres reçoivent ou achètent des téléfilms ou des documentaires venant de pays industrialisés ou émergents pour remplir leurs grilles de programmes. Il n’y aurait rien à dire s’il s’agissait de partage, de dialogue culturel ou d’un échange réel encadré par une exigence de réciprocité et surtout si tout cela ne se faisait pas aux détriments de la production locale. Le manque de ressources financières qui permettraient de concevoir et de produire en qualité et en quantité suffisantes est l’explication qui est avancée pour justifier cette situation. Il serait, si l’on en croît cet argument, plus onéreux de produire localement que d’acheter des prêts-à-diffuser. Cette logique purement économique ne semble pas prendre en compte le coût social et culturel d’une telle option. Sans en appeler au renfermement sur soi qui sclérose et appauvrit inévitablement, on peut tout de même se demander à quoi renonce-t-on en termes de valeurs, d’identité, d’attachement, de fierté dans cette démarche d’adoubement de la "culture autre".
Internet peut-il changer l'ordre établi ?
La réponse est loin d’être évidente et paraît tout à l’opposé de l’optimisme ambiant que l’on peut rencontrer au détour de quelques lectures. En effet, il est possible de penser qu’Internet ne permettra pas aux pays pauvres d’être davantage présents dans le concert des cultures influentes. Du coup, ce qui a été présenté comme un atout pour les plus démunis notamment des possibilités de diffusion de musées virtuels, de produits de l’artisanat, de musique, de cinéma, pourrait s’avérer très fragile et d’une portée limitée.
Dans ce cas, c’est bien la domination culturelle qui trouvera un nouveau terrain d’expression à travers ce média.
Ainsi, le cyberespace défini par Lévy comme l’espace de communication ouvert par l’interconnexion mondiale des ordinateurs et des mémoires informatiques, pourrait n’être en réalité qu’un "land" d’initiés, une sorte de nouveau monde réservé à des individus techniquement et financièrement opérationnels. Et la cyberculture entendue par Vettraino-Soulard comme un environnement électronique diffusant des œuvres déjà existantes, ou comme une nouvelle technique de création artistique, serait la culture de ce monde particulier. Une culture qui aura tous les droits, celui de se faire connaître, de se vendre, de se vulgariser. Quand bien même on peut dans une vision optimiste envisager l’accession des pauvres dans plusieurs décennies à la cyberculture, qui désigne par ailleurs l’ensemble des techniques (matérielles et intellectuelles), des pratiques, des attitudes, des modes de pensées et des valeurs qui se développent conjointement à la croissance du cyberespace, on pourra toujours s’interroger sur la légitimité de cette culture imposée qui se réclame mondiale. En effet, vu le côté sélectif du cyberespace, on peut en déduire que la culture qu’il abrite est elle aussi, intentionnellement ou non, sélective. Alors, il convient de se demander ce que deviendront les cultures qui n’auront pas été représentées, soutenues, reconnues et défendues. Sont-elles condamnées à disparaître ou à être reléguées au second rang pour constituer ainsi la "cyberexoticulture" ?
L’autre aspect important qui mérite d’être relevé concerne les valeurs qui sous-tendent le cyberespace. En prônant la liberté absolue comme règle d’or, les promoteurs de cet espace refusent la Loi, les interdits et les contrôles. Une position qui sur le plan éthique laisse perplexe ceux qui ont toujours eu la morale au centre de leur construction sociale et culturelle. La quasi sacralité du corps et l’importance accordée au contact humain dans certaines cultures du sud sont semble-t-il, pour ne citer que cet exemple, en tension avec les valeurs des communautés cyberspatiales. Il va s’en dire que dans l’hypothèse d’une extension de la cyberculture, on pourrait assister à un déchirement, voire à un éloignement définitif dont les conséquences sont imprévisibles entre les adeptes de cette nouvelle culture et tous ceux qui sont attachés aux piliers culturels hérités du monothéisme et rappelés par Breton[1] . Il s’agit de la Loi comme tiers permettant la vie en société, la Parole comme lieu de la responsabilité et la personne humaine conçue comme être singulier.
L’argumentaire développé ici tend donc à relativiser les possibilités que l’on attribue aux nouveaux médias et à rappeler que les raccourcis que l’on peut entrevoir en matière de promotion de la culture grâce à Internet, sont à sonder avec précaution, car comme l’écrit Ouédraogo[2] (2000, pp 120-121) : « Un aspect des technologies de l’information et de la communication (Internet y compris) sur la vie communautaire et l’existence des individus est qu’elles ne font que conforter les rapports de force préétablis. Elles perpétuent une certaine dépendance politique et maintiennent la même typologie de configuration relationnelle. Si l’on considère la masse d’informations et d’analyses qui circulent au sein des réseaux de communications modernes, on se rend aisément à l’évidence que le rapport de force est structurellement et fonctionnellement en défaveur des pays du sud qui font le plus souvent de la figuration et n’ont pas, à quelques exceptions près, voix au chapitre (…) C’est dire à quel point les enjeux politiques dans le contexte de la néo-information et de la néo-communication sont d’abord instrumentalisés et mis au profit des grandes puissances ou pire des grandes compagnies internationales, des groupes industriels et des empires financiers ».

Commentaires
"il n'y aurait rien a dire s'il s'agissait de partage", j'ai du mal à comprendre, j'avoue :) en tout cas merc pour ce billet intéressant ! c'est tou,ours sympathique de passer dsur ce blog :)
Culturemerci pour l'artclle, si seulemment vous etiez un peu pluss precis dans votre analyse!!!
catwomanbonne continuation :)
catwomanchapeau :) to be or not...
simplmanpetit a petit, faut etre patient :)
alibaba45tout le monde doit lire ca pour comprendre!!
fatalisteWe can speak a lot about the chronicle of papers writing, but I would state that the <a href="http://www.essaysprofessors.com/ess...">essay editing</a> service can compose the supreme <a href="http://www.essaysprofessors.com/alr...">already written essays</a> at all time. Is this right?
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