Communément appelé la toile, Internet (Interconnexion Networks) est le réseau des réseaux de communication. Tshimbulu[1] (2001, p31) le définit comme un réseau informatique mondial constitué d’un grand nombre de réseaux informatiques et donc de plusieurs millions d’ordinateurs de types différents, connectés entre eux par des lignes téléphoniques publiques et privées et pouvant inter échanger des informations.

Il a été lancé officiellement aux Etats-Unis le 11 janvier 1993 par le vice-président Al Gore[2]. Mais avant d’en arriver là, il a fallu passer par différentes étapes. Tout commence avec le programme ARPA conçu par les Etats-Unis à la fin des années 1950. C’est dans le cadre de ce programme qu’a été construit un réseau de communication dont l’objectif était d’assurer la sécurité des relations entre les centres militaires américains en cas d’attaque. Baptisé Arpanet en 1969, ce réseau précurseur d’Internet permettait la connexion d’une vingtaine de centres militaires, industriels et universitaires. Internet arrive en 1983 grâce à l’entrée quelques années plus tôt dans le domaine public des protocoles TCP/IP[3]. (Transmission Control Protocol/ Internet Protocol) et la jonction des principaux réseaux américains. Le World Wide Web ou Web n’a vu le jour quant à lui qu’en 1989 pour rendre davantage conviviale l’exploitation d’Internet. Il se définit de par son contenu comme une énorme banque d’informations composée de documents hypertextes (documents textes contenant des liens vers d’autres documents textes) et hypermédia (texte, graphique, image, son, ou vidéo contenant des liens vers d’autres documents du même genre) connectés entre eux et distribués sur Internet. Bien que le Web ait largement contribué à ouvrir le réseau à de nombreux utilisateurs peu familiers de l’informatique, il serait néanmoins faux de réduire Internet au Web. En effet, le Web constitue une des nombreuses ressources offertes par Internet au même titre que le courrier électronique, les banques de logiciels (File Transfert Protocol), les banques de données structurées en fichiers (Gopher, précurseur du Web), les groupes de discussion (Newsgroups ou Usenet), etc.

Au début des années 1990, Internet connaît une certaine accélération dans son développement. D’abord en Amérique du nord et en Europe puis ensuite dans l’ensemble des pays industrialisés. Plus tard, il arrive dans les pays du sud où il se propage lentement. Avec l’avènement de ce média, c’est non seulement tout le caractère mondial de la communication qui se confirme, mais c’est surtout aussi et encore un nouvel espoir qui naît. L’espoir de voir se concrétiser la promesse du réseau de communication, celle d’un monde meilleur parce que solidaire. Il y a un réel engouement autour de cet outil. Les raisons d’un tel intérêt sont diverses. L’une d’elles, explique Wolton[4] (1999, p86), c’est que pour beaucoup, le nombre d’ordinateurs connectés à Internet semble l’indice le plus précis du degré de développement d’un pays, voire de son degré d’intelligence. Il existe également d’autres motivations comme l’idée d’ouverture que semble incarner ce média, l’attirance de la modernité et la recherche de nouvelles solidarités entre les riches et les pauvres. Le succès d’Internet s’explique aussi par le sentiment d’autonomie qu’il génère. Chacun peut agir selon son bon vouloir nous disent les défenseurs de ce média, et ce, quand il veut, sans intermédiaire, sans maître et en temps réel. L’individu peut donc se prendre en charge et librement développer des compétences et assurer son destin.

Une autre explication est tentée par Breton[5] qui a retrouvé dans les discours d’accompagnement et de valorisation des technologies récentes, des éléments qui laissent croire en l’existence d’une conception d’inspiration religieuse d’Internet. Il s’appuie principalement sur les écrits de Lévy[6] et Quéau[7] pour faire émerger les fondements de cette nouvelle religiosité. Les opinions de ces auteurs sont que l’histoire cosmique est orientée vers une intensification du caractère virtuel du monde. Un monde dont les frontières deviennent de plus en plus perméables, malléables et interactives. Ainsi, le développement d’Internet selon Quéau, voudrait dire que toutes les consciences prendraient goût à l’idée d’un nouvel exode au-delà de toutes les mers rouges y compris les mers de l’ennui et de la mort. La noosphère[8] n’est pas encore reconnue ajoute-t-il, mais elle est déjà palpable et palpitante. Elle représente l’humanité dans sa fleur.

Cette conception des choses est assez représentative, souligne Breton, de ce que l’on pense en général dans le milieu des technologies de l’information, qui se vit souvent comme porteur de valeurs et d’une mission vis-à-vis du reste de l’humanité. Il s’agit d’une nouvelle forme de religiosité qui n’est pas déiste. Elle est d’ailleurs contre l’idée de religion au sens habituel, qui suppose une certaine institutionnalisation et un centralisme, chose qui va à l’encontre du réseau éclaté. On retrouve néanmoins dans ce nouveau culte, le principe de séparation entre le bien et le mal. Ainsi, l’une des notions centrales de cette religiosité est la notion de transparence. La transparence comme un idéal de lumière, d’harmonie, d’extase, constitue en effet l’état à atteindre. Les partisans de cette conception présentent alors le virtuel comme un monde propre à côté du monde réel, un monde dans lequel tout serait pure communication, où tout se dirait, tout se saurait et tout se partagerait. Tout y serait transparent et immatériel plutôt que matière, esprit plutôt que corps. Et Internet dans ces conditions, en ouvrant les portes du cyberespace, plongera les internautes dans un monde pacifié, harmonieux, dénué de toute violence.

Voici-là, des idées qui semblent séduire et rassembler de plus en plus d’utilisateurs de la toile dans le monde. Mais qu’en est-il de la pertinence et du fondement de ces idées ? Il n’est pas inutile que la réflexion se poursuive…

Notes

[1] Tshimbulu R N., L’Internet, son Web et son Email en Afrique. Approche critique, Paris, Ed. L’Harmattan, 2001.

[2] Cf. Brunet P. et Al, Les enjeux éthiques d’Internet en Afrique de l’ouest, Paris, Ed. L’Harmattan, 2002, p2.

[3] Le protocole TCP est un langage qui permet à deux ordinateurs de communiquer l’un avec l’autre, en contrôlant l’émission et la réception des messages quels qu’ils soient. Le protocole IP, lui, gère les adresses sur Internet et l’acheminement des messages depuis l’émetteur jusqu’au destinataire. Ils ont été inventés en 1974 par Vint Cerf et Robert Kahn

[4] Wolton D., Internet et après ? Une théorie critique des nouveaux médias, Paris, Ed. Flammarion, 1999.

[5] Breton P., « Réseau et religiosité : le cas d’Internet » in Réseaux et société, Musso P. (Dir.), Paris, PUF, 2003.

[6] Lévy P., World philosophie, Paris, Ed. Odile Jacob, 2000.

[7] Quéau P., La planète des esprits, pour une politique du cyberespace, Paris, Ed. Odile Jacob, 2000.

[8] Noosphère: Notion inventée par Teilhard de Chardin pour désigner le correspondant pour l’intellect de ce que la biosphère est pour la vie. MacLuhan l’interprète comme le cerveau technologique de l’univers.